Présen­tés ici, des extraits
de recueils de poèmes à venir :

nar­cisse 21ème siècle
Voy­age illuminé
Femme
poèmes naïfs
les chants de merlin

POÈMES LAUSANNOIS

 

Nar­cisse 21ème siècle

Je me vois sur le blanc de cette page et je me trouve fatigué mais encore beau…

Je me noie dans ma toile… baise-moi ego universel.

Vous êtes seuls par besoin
Je le suis par nature

Toute engeance de pute est issue d’un seigneur

Le cor­ri­dor appel le beffroi

Tous les tin­te­ments suin­tent un équinoxe malheureux

Je suis le dernier homme

Je suis parti pour vous

Je me tue chaque jour pour vos enfants niais de votre incon­duite patentée

Pardonnez-leur ils ne savent pas ce qu’ils font

J’irai chercher vers Uelé la paix.

Je me noie…

Le nou­veau savoir est dans la beauté pure…

J’encule le monde et ses vanités.

Et s’il me pour­suit avec sa mort, le monde, c’est que je suis mori­bond depuis des siècles.

*

L’obole…

J’ai connu un homme qui chas­sait dans tous les êtres son amour parti depuis longtemps. Le cha­grin causé par ce bon­heur perdu l’a peu à peu rendu fou. D’homme noble au regard serein, cet égaré a peu à peu som­bré dans la décrépi­tude la plus atroce ; jusqu’à deman­der l’aumône en racon­tant partout que les piécettes iraient vers un ange qui a faim… Et, quand au bout de quelques heures de men­dic­ité il avait gagné de quoi acheter un quignon de pain, il descendait au bord du lac avec son mai­gre butin. Devant la plaine d’eau, il répé­tait inlass­able­ment le même rit­uel, il jetait toutes ses pièces dans l’eau en réc­i­tant la même prière pour chaque pièce noyée : Faites que mon amour revi­enne… plouf ! Faites que mon amour revi­enne… plouf ! Faites que mon amour revi­enne… plouf, plouf, plouf, plouf…

Son amour ne revint jamais, et le mis­érable vagabond se perdit un jour en remon­tant du lac, et mou­rut de faim après avoir réc­ité toute sa sébile…

Comme un oiseau le cha­grin vole
Et si d’amour il est épris
Cet oiseau va pour une obole
A con­tre vent per­dre l’esprit

*

Errance en détaché

Je ne voulais que je veux je pour­rai pren­dre la note le la absolu celui que l’anti-démiurge a conçu une fois entre la vio­lette et le nar­cisse…
Pour que le chapelet de men­songes étran­gle le froid vif de mars je me dénude devant la plaine bleue couron­née de Savoie empanachée des mer­veilleux nuages chers à Charles…

Par­tir, là-bas fuir…

Une bernache m’attend dans le sable… je m’accrocherai, Niels Olgers­son, à son encolure pour suivre enfin le vol d’oiseau qui sait la nue…

Chaque fois que je lève la tête vers vous, pointil­lés sur la portée céleste, mes yeux se baig­nent infin­i­ment de l’amour que je ressens pour la terre et mes yeux infin­i­ment se baig­nent du dégout pro­fond que j’éprouve pour mes sem­blables… pâles volatiles humains…
sans ailes…
Pour­tant j’ai de la pitié pour celui qui est triste dans mes yeux…

cette empreinte s’efface dessous le doux ressac
aller-retour roule phrase et revient
sur mes orteils rigolos

Depuis la pointe de mon âme je me ris de toi mon moi parmi sept mil­liards d’individus pro­fondé­ment préoc­cupés de leur des­tinée qui me sem­ble n’être que la vir­gule qui man­quait à cette phrase.

Dernier souf­fle dans une eau saumâtre et tin­tée d’uranium
Nous baignons notre enfant dans cette marée atra­bi­laire
L’albatros n’est plus seule­ment caus­tique il est nègre
Et mon âme savante se savonne entre deux pris­on­niers molosses

Voy­age encore héros dans un vague aujourd’hui
Je refuse la prison binaire
Car mon sang est neuf sceaux !

Pitié pour vous
Mes petits de demain !


Voy­age illuminé

Dans les nefs je prierai ma rage à l’écume
Je brandi­rai le trophée du fils prométhéen
Et me noierai
Tuant mes 4 vies
Dans du sucre à la graisse…

Et du vin de Sakhaline…

Parole n’est pas com­mu­ni­ca­tion… NON ;
elle accorde seule­ment à nos soli­tudes sidérales le peu de chaleur qu’elles supplient.

Et bien :
Je par­ti­rai de mon Tri­ent
Sa langue de glace m’emportera
Tobog­gan titanesque
Fourailler par la terre en son ven­tre fécond
J’en ramèn­erai l’amulette et le tal­is­man
Pour les oublier à l’orée d’un bois de cyprès
Longeant le Rif
J’irai de ma for­tune à l’embarcation de plas­tique passer ce détroit
Mir­erai les froufrous som­bres des danseuses piéti­nantes
Irai sur ce port blanc où le poète déclara à la mer, à l’océan, son amoureux chagrin

…intran­quille…

je cogn­erai la pierre que les pèlerins caressent
en cri­ant « gare à toi je suis ton nou­veau CHIEN ! »
Je moles­terai ces vieux arbres décharnés que l’on trouve dans les vents pyrénéens
Je leur crierai : Pourquoi m’avez vous aban­don­nés !
Et de mon rire fra­cas je m’en irai claudi­quant ma ran­cune entre les vig­no­bles Tar­tarin et les oliviers Taras­con
L’ouest me guidera
Je mâterai illu­sion et voil­ure et lèverai l’encre en d’impossibles vague­ments
Dans ma dérive hal­lu­cinée
Je ren­con­tr­erai des aurores suaves

Et la Harelde boréale sur un esquif marmoréen :

– Bon­jour,
— Bon­jour.
— Vous êtes voyageur ?
— Oui.
— Par où allez vous ?
— Je finis ma course par ici…
— Déjà…
— Oui, je suis vieux… mes plumes se cassent et mes forces me quit­tent…
— Mais… vous êtes encore si beau… et n’avez-vous pas envie d’aller vers les lacs…
— Oh, j’en ai vu, des lacs, et des pays, pas besoin de voir plus… partout les grandes fumées éteignent les rivages… je suis con­tent de finir ma course.
— Mais vous allez…
— Oui.
— Mais par où…
— Oh, pas besoin d’aller bien loin, nous autres canards, nous nous lais­sons dériver un moment sur un tronc… ou un glaçon, comme celui-ci… jusqu’à ce que le vent du nord décide de nous emporter… Alors, comme nous sommes sur le bord, la vie s’envole et le corps plonge…


FEMME

Voix 1 : Je ne veux pas d’histoires d’amour…

Je ne veux pas d’histoires d’amour, je veux une lutte pour la rai­son, une lutte pour la jus­tice, une lutte pour la fête, une lutte pour le sexe, le fort et le faible, le sec­ond et le troisième, une lutte pour tout et pour rien, mais pas une his­toire d’amour, pas une his­toire d’amour avec toute l’illusion et la répu­di­a­tion que ça comporte…

Je veux lut­ter et après la lutte jouir, faire la fête, faire la fête pour la lutte accomplie.

Voix 2 : Qu’est-ce que tu me chantes ?

Je te parle de baise, de passer le temps, de réaliser la seule action con­crète que peu­vent réaliser deux être seuls, enfermé, à atten­dre, pour tromper le temps qu’ils ont à tuer, à vomir, à espérer, à attendre…

Moi aussi j’ai mon quota. J’ai vécu moi aussi, moi aussi je suis là à vouloir me lamenter sur un sort qui n’épargne que les cons sans lucid­ité, moi aussi j’ai posé les plaques, si l’on peut dire, posé la tablette, posé les réseaux divers et var­iés, posé mon cul sur ce radi­a­teur, dans cette salle, dans cette chimérique pièce de théâtre, pour par­ler avec un être que je con­nais sans le connaître.

A peine, pas du tout…

Toi, oui, toi… nous nous con­nais­sons sans nous con­naître… et main­tenant que nous sommes ici, à ce moment de nos vies, toi, jeune, moi, moins jeune, j’ai envie de te dire que le sexe est le seul rap­port intéres­sant que nous pou­vons avoir… Je ne veux pas enten­dre tes fadaises, je ne veux pas enten­dre par­ler d’histoires, de choses, de poli­tique, d’art, d’économie, je ne veux rien enten­dre d’autre que la causerie inin­ter­rompue de nos corps qui se chevauchent…

Je ne suis pas triste, je ne suis pas seule, je ne suis pas mar­iée, plus, je ne suis pas le genre de femme à coucher avec un inconnu, mais, parce que mais il y a, là, main­tenant, je demande à un inconnu de coucher avec moi sans autre forme de procès… Et après, vaille que vaille… nous pour­rons con­verser, se pren­dre pour des orig­in­aux, méditer l’osmose et la furie du monde, l’ennui de l’Europe, de la France, de ce quartier, de cet immeu­ble, de cette pièce… et la guerre… Car tu m’apparais comme un homme qui a besoin d’actes, qui a besoin de chair, qui a besoin qu’une incon­nue te prenne et te guide vers le trou que tu fuis, ta cham­bre, ton lit vide, le noir, l’éternité de ta con­di­tion de souf­frant. Tu as besoin de moi. Mais pas de mon écoute, pas de mon écoute recueil­lie, pas de ces gestes d’étonnements qui vien­nent entourer le par­leur, pas de cette abné­ga­tion de la chair qu’est la ven­tripo­tente rhé­torique du mâle aux abois.

Oh, tu vas me dire que tu es un rené­gat, un vau­rien et que ton passé peut me paraître dou­teux, que lan­guis­sent dans ton sang des virus, des mal­adies, que ta peau n’est plus le véhicule qui te fait ressen­tir le dehors, les vents du nord, et les miels des saisons… que tu penses à des choses aussi ado­les­centes que le sui­cide, la mort, la guerre, et le chaos, mais je sais qu’au fond seule la soli­tude t’épouvante, qu’au fond, fon­da­men­tale­ment, tu es pareil à tous ces jeunes égarés qui cherchent le som­meil, la peur en ven­tre, peur de s’endormir, la peur au ven­tre de se réveiller dans autre chose que le château d’illusions que tu ter­mines de con­stru­ire, qu’après tes vers, tes pièces, tes con­tes, tu cries à qui veut l’entendre que le petit poète a besoin de com­pag­nie, mais sache-le, petit poète, tu es seul.

T’inquiètes pas, va…

Je suis là. Main­tenant, je suis là. Incon­nue au-dessous de tes critères esthé­tiques de rêveur. Je suis là. Je suis là et le con­cret de mes seins, de mes hanches, de mes poils, de ma bouche, de mes yeux, de la chaleur, de MA chaleur, te hante déjà, dans tes cales de con­cepts que tu arraisonnes.

Regarde-moi ! … Rêveur aux abois.

Il n’y a au-dessus de ta tête que cette petite lucarne pour con­tem­pler ton ciel. Vas y ! regarde-le… tou­jours le même et changeant. Regarde cette petite aube, ton petit carré. Regarde-le ! et respire de m’approcher ; ton air pur d’images en étoiles et nuages, en jour et en nuit, pour te dire que là-haut est un havre peut-être… est un havre peut-être…

Est un enc­los vide de ger­mes malsains…

Ô, je t’aime déjà, petit anor­mal, cassé, dans ta grande stature désordonnée…

Nous allons jouir, oui, et après… tirer un coup, et après… après nous allons croire à ce manque de chair, de cette pre­mière fois comme à un amour, comme à la jux­ta­po­si­tion de nos deux êtres, nous allons désirer, et désirer encore d’ouvrir cette porte déjà ouverte, et voir dans la dis­tance qui nous sépare de la prochaine fois une résis­tance incon­nue, une frus­tra­tion, puis la névrose gen­ti­ment… qui agrip­pera à nos cols son lot de grimaces…

Mais, moi, je te pro­pose l’amour à usage unique, l’assentiment du non répété, je te pro­pose de venir dans ma vieille chair et de l’aimer… De dormir un peu et de sor­tir regarder le soleil en chien de faïence dans le matin fatigué…

Merde… petit, je t’appelle petit car tu es encore si jeune… Regarde-toi ! Et tu te penses si profond.

Temps


Poèmes naïfs

1

Je suis le fils du temps
Je regarde présent
Je n’est pas l’être en moi

Je suis l’amour en deux
Je regarde partout
D’eux qui ne m’aiment pas

Encore le fil de l’eau
J’entends tous les mur­mures
Je suis le fils dans l’eau

2

Je pour­chasse un dragon
Le lende­main c’est lui
L’aurore est la prochaine

Un par­fum me tra­verse
C’est l’oubli d’une peau
Et la quête aux caresses

Il n’est pas de verger
Où l’on sente un ennui
Que l’on tra­verse à deux

3

3h34 non psychose

Il est trois être moi
L’enfant et la putain
Le loup qui rôde en vous
Dragon pixellisé

Il est trois être en vous
Le chien et son lutin
La bête de la lune
Qui boit le sang des toiles

Ajou­tons le dernier
Qui chem­ine à nos trousses:
Il est un sage idiot
Sur un lit de ballast

4

La vie est un com­bat.
On a le droit de per­dre
Mille et une bataille
Mais ce n’est pas la guerre.

La vie est un amour
Qu’on a le droit de per­dre
Mille fois mieux que cent
Jusqu’à se trou­ver seul

Au pied de la colline.
La vie n’est que la mort
Qu’on la gagne ou la perde
Elle sera toujours…

 6

L’enfant sourit dedans
Le beau ciel vert de gris
Qui décroche dessin
Au pié­ton d’aujourd’hui

La nuée de bizets
Comme des notes vite
Glisse au vide qui va
Pour l’homme agacer l’onde

Per­pétuelle. Et viole
Hiron­delle a son vol
Aux print­emps de goudron
Que vomit dix soleils.

7

Toute vio­lence extase
Encore un acte nul
fuyant sous la tor­ture
Le chien se tourne en loup

Regarde les ser­ments
Encore un acte nul
Aimer tout ce qui fuit
C’est affaire de foi

Com­ment garder l’amour
Qui fuit sous la tor­ture
Quand aucun sens l’habite
Quand aucun sang l’habite

9

Je suis meur­tri mais sauf
Anim’homme sans dogme
La chair est Christ hélas
Et j’ai bu tous les litres

Je suis un russe en feu
Un suisse à la con­quête
Un mon­tag­nard avide
Sous les ondes grossières

Je suis est une erreur
De langue est de l’esprit
Se frotte à nous l’absurde
Et nous croyons encore

20

I

Colline de Saint-Denis
Fosse mon­tante
Seul le soir

Je l’aborde minuit

Petit vil­lage
Mont du mar­tyre
Qui porta sa tronche

Replet refait
Qu’il devait être avant
Avant d’être
Faux à vents

Plus bas, ou est-ce plus haut ?
Furète les nez fardés lumineux
Des gens, grappes éparpil­lées
Dis­lo­quées…
Par d’électronique lam­pi­ons
Et les piquets de métal pro­lon­gent
La cou­ture de la route

Pavée d’aurores et de sodi­ums
Grande flaque orange qui ne mène nulle part

Je m’arrête sans poème
Celui qui chante pleure
Rien à rajouter
Pour une fois

Nuit
Chi­enne de nuit
Mon­ter descen­dre encore
MMMMM !

Femme à vélo
Regard en biais
Presque sourire
L’eau qui clapote avant les marches

N’est pas fontaine
Un caniveau
Et des pavés…
Petit jet d’eau

Oui, c’est ça…
Que je puisse écrire

Un pied près de mon cœur.

II

Du vent…

Je garderai
Une fleur
Dorée
Rouge et bleue
Avant
Que ton sang
N’écarlate

Nord…

III

Merci merci merci
Divin aux semelles de vent
Oh ! L’inénarrable méharée
Dans la cui­sine de mon âme…
L’esprit fourbu
La psy­ché ânonnant

 


Les chants de Mer­lin

Chant 7

Print­emps

Souf­fle là…
Douce…

l’aube douce
l’aube ironie
l’aube mal­saine
l’aube bleutée

sur la ligne horizon

pié­tine déjà celle qui jouait des étoiles

cro­cus, myoso­tis, primevères, mar­guerites, cam­pan­ules, auricules

écoute,
le temps
serein

main­tenant les jar­diniers fleuris­sent dis­crète­ment cer­tains caniveaux,
un clodo offre un bleuet au pas­sant gag­neur
gage du troc inouï
dans Paris, Tokyo, Ouarza­zate, Rome et Varsovie,

Bal­lade
Qua­trin
Une note

Et dansent les princes sur les grands par­quets d’antan

Tour, verre, énergie,
La voûte du ciel au sol,
Depuis le 69’14ème  étage du build­ing
Quel­conque méga­lo­pole
Cim­mérie sans arbres
Idi­otie sans Idoles
Et le soleil s’en va, pitoy­able et mauve
Orougeoy­ant
Encore un zeste de céleste
Au fond des enclaves bur­inées
Miroirs infi­nis
Que sont les villes demain…

Pour­tant il achèterait tout l’or du monde, son argent, son cuivre, son pét­role, son schiste, son gaz, sa fer­raille, son bronze, son eau, son air, pour respirer le pollen de la vio­lette en sous bois.

Pour savoir son secret, enten­dre son chant, entre la mousse et le lierre sauvage.

Sous les sap­ins, les feuillus.

Moi, Mer­lin, j’ai retrouvé le Graal
au print­emps.
Il était dans la roche…
l’aubier
Sur la lumi­nes­cence des pen­nées
dans la fin du jour…

Dedans :
son liq­uide est fait du suc aman­ite et de racine gen­tiane
pas de corps rouge,
pas de sang…
Rien que poi­son mêlé à la cendre.

*

Été

(Oui, j’écris dans le Djinn som­bre, mais le doré est à venir)

Ter­rasse, Lau­sanne, Paris, Genève…
Je cherche Mer­lin… je pense qu’il a disparu.

Les vipérines se dressent dans les ver­dures pleines
Fin d’après-midi, magie… les tilleuls chantent
berceuse odeur

Las­cive

La fourmi ne cherche plus
Elle sait la ronde organisée

Sous les blanches ouates
déposées sur le tapis bleu
Fuis la corneille peureuse

Monte l’âme au pieu qui danse sous l’orgue invisible

C’est vrai que des tuyaux mon­tent dans le ciel

Comme un immense instru­ment qui souf­flerait au loin-dessus pour d’autres audi­teurs, là-bas, où dansent les minus­cules oiseaux.

GRÂCE GRÂCE GRÂCE

JE RECONNAIS LA VRAIE VISION

Je cours, l’ocre blonde des blés raides irrite ma paume,
c’est notre dialogue

j’arrive aux maïs, jeunes, dans la périphérie du champ,
les pousses sont encore mal­adroites,
tra­verse un bois ; les ronces et les orties déten­dues
jet­tent une oreille dis­traite à mes chevilles
la sente me guide et craque doux les branches pour­ries
sous mes pieds de loup

l’autoroute je la longe
m’arrête sur le pont
des­sine dans l’espace mon arabesque
puis descends au milieu des pro­priétés jalouses
serre au pas­sage un bou­quet de lavande,
sourit à l’abeille indus­trieuse
et con­tinue ma course dans les frondaisons du jour…
en pas­sant sous les grands cerisiers
qui mur­murent une prière pour l’asile de fou qui se dresse
cubique arraison­nement sur la colline
COMME LA PRISON DU NOUVEAU SIÈCLE

Prilly nord,

J’entre in fine dans sa chapelle
Le soleil à l’occident cou­vre la fraîcheur indéter­minée
de la petite mai­son de Dieu au milieu des neuroleptisés

Le grand cèdre se sou­vient de mes lec­tures d’Homère
sur la pelouse

Toutes les armées grec­ques s’engouffrant pour le grand siège
dans la mer de légende qui porta Achille, Agamem­non et Patrocle…

Et 10 années plus tard, ramena l’homme aux mille ruses.

Dressera-t-on un dra­peau pour le jeune homme,
tirera-t-on des coups de fusil pour le jeune soldat

Médaille, et blablabla
Sur les ruines du Moyen-Orient.

Dieu, Yahvé, Allah, Boud­dha… Christ !
INRI

Et les étourneaux se cachent avant le soir.

- Comme toi, je ne suis ni plus ni moins roi que toi.

*

Automne

Nous avons tra­versé l’enfer
Main­tenant vient la douceur

Nous enten­dons, main dans la main,
l’œil sur les pives cré­celles
les oiseaux restés pour l’hiver.

Ce moineau seul
rond
qui ne regarde main­tenant que le sol séché
le geai, unique trait d’union sous la char­p­ente du pin,
du chêne et du grand robinier,
son vol marche sur la brisée du pigeon

Moi : je ne veux qu’attendre cette cou­ver­ture
cette mienne,  généreuse, attente
s’il vous plaît
aimez notre pluie
et tout
qui sig­ni­fie
là.
Dans l’automne amoin­dri de notre AMOUR.

Main dans la main, l’échine un peu basse.
Nous mar­chons dans le jour radieux.

C’est tout, nous avons plus de temps, nous sommes vieux, et nous nous aimons en silence.

- Voilà-voilà… Ren­trons à la mai­son, petit apparte­ment d’amour, de tou­jours. Il faut pré­parer la soupe, et le poisson.

Se sou­venir de ce joli couchant der­rière l’arête du Jura.

*

Hiver

Bon­homme neige
Voici le chant
Du grand cortège
Flo­cons des champs

Voici promise
Bon­homme neige
La valse grise
Du grand cortège

En route là
Voici promise
Le souf­fle las
La valse grise

J’aimerai douce
En route là
Le blanc qui mousse
Le souf­fle las

 


POÈMES LAUSANNOIS

5.

Alvaro de Cam­pos
Dans la ligne 1 TSOL Lau­sanne Flon — Renens

Métro Mal­ley
Je lis Alvaro de Cam­pos
Un vieux gitan s’énerve
Au télé­phone
À côté de moi
Perdu dans les vers
Du grand fan­tôme por­tu­gais
Je lis le présent
Devant cette lumière néon-gothique
Une pomme verte
Et ma clope à la brise
D’août
J’imagine l’océan
Rêveur
Et je suis comme ce soir
Doux et lent
Traî­nant
Calme­ment
Entre les vers traduits d’où chuinte
Une ode tou­jours renou­velée
Des immenses soli­tudes
Amoureuses et ten­dres
Du petit homme à lunette
Qui chanta seul
Sur une grève imag­i­naire
Le cha­grin
L’intranquilité
La beauté sim­ple de la vie
La beauté laide de l’existence
La beauté mortelle de l’état d’âme
La beauté crue de l’innocence
La beauté incon­nue de ces poètes
Sémaphores pour tous les mousses
Qui cherchent asile au pied des langues
J’achève mon chemin à la gare du Flon,
Perdu dans ces jets d’encre numériques
Tan­dis que chantent déjà les jeunes et les poulettes
Vodka Red Bull en bandoulière…